Témoignage en tandem : Sevda Canpolat et Gülcin Turk

Sevda Canpolat et son apprentie, Gülcin Turk

La patronne-formatrice : Sevda Canpolat

  • Responsable du Salon "Coiffure S", Rue de Marchienne à Jumet
  • Signe particulier : aime transmettre son métier et apprendre à le faire au mieux

L'apprentie en formation : Gülcin Turk (18 ans)

  • Apprentie en 3ème année "coiffure"
  • Signes particuliers : déterminée, du punch à revendre
  • Ce qui l’énerve : que les client(e)s se focalisent sur son physique juvénile
  • Ce qu’elle apprécie : son métier.

La formation en alternance, c’est bien plus qu’apprendre un métier. Ce sont des liens qui se créent autour d’une passion commune, des échanges professionnels et humains où chacun a beaucoup à apprendre de l’autre. Zoom sur la complicité qui lie Gülcin Turk, apprentie en 3e année de coiffure et Sevda Canpolat, sa patronne-formatrice. En route pour le Salon "Coiffure S" à Jumet.
 

Madame Canpolat, pourriez-vous présenter votre entreprise ainsi que votre parcours personnel ?

Sevda Canpolat :
J’ai débuté ma carrière de coiffeuse chez Madame Marquès à Fleurus. Neuf ans plus tard, j’ai décidé d’évoluer vers de nouveaux horizons. C’est comme cela que je suis arrivée au Salon Renzo à Charleroi. J’y ai travaillé pendant 12 ans parmi une équipe de 16 coiffeurs ! J’y ai appris tout le côté "management" d’un grand salon et également à repousser sans cesse mes limites. Le patron était très exigeant ! Aujourd’hui, avec le recul, je l’en remercie.

Plus tard, je me suis ensuite orientée vers l’enseignement de la coiffure tout en ouvrant mon propre salon, à domicile. Et finalement, j’ai mis ma carrière d’enseignante entre parenthèse pour me consacrer à l’ouverture de mon propre salon. Celui-ci occupe 2 apprentis en coiffure et 2 coiffeuses.


Et toi, Gülcin comment as-tu choisi de suivre ta formation à l’IFAPME ?

Gülcin Turk :
Moi, c’est grâce à une professeure de coiffure de mon école à l'époque. Un jour, elle a dit à toute la classe : "Celui qui ne veut pas travailler le samedi ne saura jamais être coiffeur ou coiffeuse !" J'ai pris ça comme un défi et je me suis adressée à ma coiffeuse, Mme Canpolat. Mais elle n’avait pas la possibilité de m’accueillir à cette époque. Ce n'est que plus tard, via une amie qui était en fait sa nièce, que j'ai appris que Madame Canpolat cherchait à me recontacter. Je l'ai fait immédiatement et je suis venue tous les samedis dans son salon.


Donc à ce moment-là, tu étais toujours inscrite dans l'enseignement professionnel ?

Gülcin Turk :
Effectivement. Et puis un samedi, alors que j’étais en train de faire un shampooing, Madame Canpolat m’a proposé de devenir son apprentie…
Sevda Canpolat : C’est vrai. Je voyais Gülcin tellement épanouie, tellement investie dans ce qu’elle faisait. D’un autre côté, j’étais un peu réticente par rapport à l’apprentissage. Repartir sur les premières bases avec un jeune m’angoissait un peu. A l’époque, ce qui m’a convaincu de tenter l’expérience c’est la personnalité de Gülcin et sa grande motivation ! Nos personnalités étaient à la fois différentes et complémentaires. Moi : hésitante et réfléchie ; elle : hyperactive et toujours innovatrice….
 

Auriez-vous une anecdote qui illustre cette complémentarité ?

Sevda Canpolat :
Je me souviens de ce lundi où il était prévu de suivre une formation chez L’Oréal. Très honnêtement, je n’étais pas motivée, un peu fatiguée. J’avais donc décidé de ne pas y aller. A ce moment, le téléphone sonne, c’était Gülcin au bout du fil. Je lui ai fait part de mon état… et elle ne m’a pas trop laissé le choix. Elle m’a convoquée au salon, m’a coiffée,… bref elle m’a reboostée. Nous y sommes allés et avons passé une excellente journée !

 

Et si c’était à refaire ?
Sevda Canpolat : Sans aucune hésitation ! D’ailleurs, actuellement, je me suis entourée d’un second apprenti. La relation est différente, mais tout aussi enrichissante.
Gülcin Turk : Pour moi, c’est clair. Si c’était à refaire, j’aurais commencé l’apprentissage beaucoup plus tôt.

Madame Canpolat, vous avez suivi la formation au tutorat de l'IFAPME. Pourquoi et que vous a-t-elle apporté ?
Sevda Canpolat :
Etant donné mon expérience d’enseignante, tout ce qui touche à la transmission des savoirs m’intéresse beaucoup. Mais aussi, je ne voulais pas reproduire certaines expériences stériles que j’avais vécues lorsque j’étais, moi-même apprenante.

La formation au tutorat m’a permis de mieux comprendre les jeunes apprentis, d’adapter mes propos et d’instaurer un véritable dialogue constructif. Au salon, nous avons d’ailleurs instauré le principe du tableau. Nous y laissons des messages. Lors du débriefing, nous relisons ces messages ensemble. Si un "problème" subsiste, la tension du moment étant retombée, nous en discutons de manière relativisée. Tout le monde est gagnant !


Gülcin, comment t’imagines-tu dans 5 ou 10 ans ?

Gülcin Turk :
Lorsque j’aurai terminé ma formation en Chef d’entreprise, j’imagine très bien travailler en tant que salariée dans un premier temps. Cela pour épargner, dans le but d’ouvrir mon propre salon ou, pourquoi pas, reprendre celui de Madame… (Sourires complices).
 

Pour conclure, si l’on vous demande de décrire votre profession pour des jeunes qui souhaiteraient suivre votre exemple, que diriez-vous ?
 
Sevda Canpolat : Contrairement à l’idée reçue, il s’agit d’un métier très technique et loin d’être facile. Tout d’abord, on est debout 10h/jour. Malgré la fatigue engendrée, il faut garder un niveau de concentration élevé pour pouvoir coiffer tout en faisant la conversation aux clients. Il ne faut donc pas négliger une bonne culture générale. Ensuite, il faut être curieux de tout et faire preuve de beaucoup de psychologie. Mais selon moi, la coiffure est le plus beau métier du monde, nous avons la chance d’aider les clients à se sentir beaux et belles. Leur permettre de se sentir mieux, c’est génial, non ?


Et toi Gülcin, qu'en penses-tu ?
Gülcin Turk : Tout à fait d’accord. Le métier n’est pas facile, mais il en vaut vraiment le coup !